UBA Position Paper : une interdiction européenne de la publicité pour l’alimentation et les boissons est économiquement et socialement irresponsable

Position Paper
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La directive européenne « Services des médias audiovisuels » (AVMD) constitue, depuis 2007, la base de la régulation de la publicité audiovisuelle en Europe. Cette directive est en cours de révision. L'UBA a formulé le point de vue des annonceurs dans un Position Paper en février 2016. En janvier 2017, la Commission ENVI du Parlement européen a proposé, à cet égard, une série d'amendements potentiellement très problématiques pour le secteur alimentaire et des boissons.

Il existe une bonne autorégulation en matière de publicité vers les enfants pour l’alimentation et les boissons

La directive AVMD initiale incitait les États membres à développer des codes de conduite pour la publicité relative à l’alimentation et aux boissons, en particulier pour les produits présentant une forte teneur en matières grasses, en sel et en sucre (HFSS), dans les émissions à destination des enfants. Le secteur a assumé ses responsabilités et a développé l’initiative « EU Pledge » par laquelle il s’engage à limiter dans toute l’Europe les actions de marketing et la publicité sur l'alimentation et les boissons à destination des enfants. Cet engagement a été repris en 2012 en Belgique sous l’appellation « Belgian Pledge » à l’initiative de l’UBA, de la Fevia et de Comeos. Toute information est disponible sur http://www.belgianpledge.be. Les engagements pris font l’objet d’un suivi par le biais d’un monitoring indépendant en collaboration avec le JEP et la WFA. Depuis 2005, le code de la publicité FEVIA-UBA est adapté par le JEP.

Une interdiction de la publicité en « prime time » est irresponsable

Différents amendements proposés au sein de la Commission UE ENVI interdiraient de facto pratiquement toute publicité pour l’alimentation et les boissons en « prime time » (donc avant 21 h en Belgique, la fameuse « watershed ban »). Dans la proposition de la Commission, il est également fait référence au modèle controversé « nutrient profile » européen de l’OMS publié sans concertation de toutes les parties concernées (alors que l’initiative EU Pledge avait déjà introduit un modèle analogue). Le modèle de l’OMS concerne environ 85 % de l’alimentation et des boissons qui font l’objet de publicité télévisée en Belgique, y compris la plupart des fromages, le jambon, l’huile d'olive, les produits laitiers, les jus de fruits et de nombreux produits céréaliers. Les objections quant à la publicité pour certains produits alimentaires à destination des enfants conduisent ainsi à une interdiction de 85 % de la publicité pour l’alimentation et les boissons à la télévision en « prime time », vers tous les groupes cibles. Il s’agit, selon nous, d’une mesure disproportionnée.

Une interdiction publicitaire hypothèque l’innovation et la croissance dans le secteur alimentaire

Les entreprises investissent dans la publicité pour stimuler leurs ventes et leur croissance. Interdire la publicité conduit inévitablement à moins de ventes et à des entreprises moins rentables, ce qui induit moins d'innovation et moins d’emploi. L’impact sur le plan macro- économique est également significatif. Selon une étude de Deloitte2, qui conclut que chaque euro investi en publicité rapporte 5 à 7 euros au produit intérieur brut belge, cette interdiction conduirait à environ un demi-milliard de pertes pour l'économie belge.

Cette proposition est désastreuse pour les chaînes de télévision et les productions, donc pour le téléspectateur.

En 2015, le secteur alimentaire et des boissons a investi 360 millions d’euros bruts dans la publicité télévisée. Au total, 58 % de toutes les publicités pour l'alimentation et les boissons sont diffusées avant 21 h. Les critères de l’OMS concernent près de 85 % de tous les produits, ce qui impliquerait une perte de revenus pour les médias télévisés belges de 177 millions d'euros bruts, soit environ 90 millions d’euros nets. Ceci aurait un impact désastreux sur l'évolution des chaînes et leur programmation. Une telle perte de recettes ne permettrait plus aux chaînes de financer des émissions de qualité et des programmes locaux. Une dégradation de l'offre semblerait, dès lors, inéluctable.

Points d’attention quant aux amendements déposés

Les nouveaux textes font référence :
— aux émissions de télévision ayant « un public significatif d’enfants » et aux « émissions familiales » plutôt qu’à la formule initiale plus claire « émissions pour enfants » ;
— au modèle controversé « nutrient profile » de l’OMS plutôt qu’au modèle European Pledge ;
— à une limitation de l’autorégulation plutôt qu’à des initiatives sectorielles positives comme European Pledge et Belgian Pledge.

Conclusion

Il est irresponsable que les politiciens européens souhaitent interdire presque toute la publicité pour l'alimentation et les boissons avant 21 h. Cela aurait un impact économique gigantesque pour les entreprises, les médias et les États membres. Le secteur assume déjà ses responsabilités par le biais d'initiatives d'autorégulation comme « EU Pledge » et « Belgian Pledge ». Nous demandons aux députés belges au Parlement européen de soutenir et laisser évoluer de telles initiatives de manière constructive plutôt que d’introduire une interdiction publicitaire désastreuse pour le secteur.

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